Nous avons arrêté de tourner il y a un an. Ce n'était pas une décision idéologique mais une décision de production : nous passions plus de temps à organiser des tournages qu'à fabriquer des images.
Ce que l'on gagne est évident. Un décor impossible coûte le même prix qu'un décor banal. Une idée peut être testée le jour même où elle apparaît, et abandonnée le lendemain sans que personne n'ait perdu une semaine.
Ce que l'on perd l'est moins, mais c'est réel. On perd l'accident : ce nuage qui passe au mauvais moment et qui devient le plus beau plan du film. On perd aussi une partie de la direction d'acteur, qui reste le domaine où la prise de vues garde une avance nette.
La conséquence est que la direction artistique n'a jamais autant compté. Quand tout devient possible, plus rien ne guide le choix sauf le goût. C'est là que se joue la différence entre deux studios utilisant les mêmes outils.